Conférence permanente des villes historiques du bassin méditerranéen - Maire de Bethléem

2017-09-12 12:07:19

Gallipoli - Italie

Vendredi 8/9/2017

 

Nous souhaitons à tous la bienvenue à la douzième session de la Conférence des villes historiques de la Méditerranée, et nous remercions les organisateurs de cette session, notamment le Forum estudiantin pour la Méditerranée (ITHAKA), et Son Excellence le maire de Gallipoli M. Stefano Minerva. Je suis également heureux de profondément remercier le Professeur Giovanni Lobrano, secrétaire exécutif de la Conférence pour ses efforts et son suivi de cette conférence depuis sa création en 1996. Nous remercions aussi les citoyens de la ville de Gallipoli qui est jumelée avec la ville de Bethléem, pour accueillir cet événement, qui reflète une priorité, non seulement à nos villes, mais à l'humanité toute entière en exigeant notre coopération pour trouver des solutions aux problèmes communs.

C’est ma première participation parmi vous en ma qualité de maire de Bethléem à la suite des récentes élections locales en Palestine et je ne cache pas mon sentiment de la lourde responsabilité de présider l'une des villes les plus importantes du monde, Bethléem, berceau de Jésus-Christ à lui la gloire. Je vous exprime également ma fierté de présider cette conférence, qui a une grande importance et qui constitue une réelle opportunité pour renforcer les relations entre les peuples des villes historiques dans le bassin méditerranéen afin de préserver l'identité historique, culturelle et architecturale et la mettre en valeur. En plus de l'échange d'information, d'expertise et de la recherche sur plusieurs questions de grandes importances, non seulement pour nos villes, mais également pour l'humanité toute entière, c’est une opportunité qui nous oblige à coopérer pour trouver des solutions aux problèmes communs à la préservation du patrimoine culturel au bassin méditerranéen. Je tiens également à rendre hommage à l'ancien Maire de Bethléem, le Dr. Victor Batarseh, qui est présent aujourd'hui avec nous et je le remercie pour son rôle et son soutien durant sa présidence à cette conférence.

Mesdames et Messieurs,

Nous venons de Bethléem, la ville que Dieu a honoré par la naissance de l’Enfant Jésus, à lui la gloire, messager de l'amour et de la paix, dans une grotte il y a plus de 2000 ans. Cette ville, qui a émis le message de la paix souffre toujours de l'occupation israélienne et manque la grâce de la paix, car Bethléem est assiégée par le mur de l'apartheid, qui se trouve à moins de (1500) mètres de l'église de la Nativité. Il restreint la liberté et empêche le mouvement et affecte tous les aspects de notre vie et rend la réalité douloureuse, car les citoyens de Bethléem, comme tous les autres palestiniens, vivent dans des conditions difficiles en l'absence d'une solution politique au problème palestinien sur la base des résolutions et de la légitimité internationale accordant au peuple palestinien le droit à l'autodétermination et à la création de son Etat indépendant aux frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.

Cependant, nous insistons que les mains de nos dirigeants et du peuple palestinien sont toujours tendues pour la paix fondée sur la justice, l'égalité et le respect mutuel. Une paix fondée sur le droit et non imposée par le fort sur le faible. Car la paix ne peut prévaloir dans le monde, sans la Palestine, ni la justice sans Bethléem. Bethléem qui espère que l’étoile et le message de Noel scintillent à jamais dans le ciel du monde entier. Rendre justice à Bethléem est le devoir de la communauté internationale qui a la responsabilité de la réalisation des droits légitimes du peuple palestinien et de la levée de l'injustice et la souffrance sur lui. Car mon peuple souffre encore d'une politique de discrimination et de l'oppression de l'occupation depuis plus de soixante-dix ans. Un peuple qui est encore en quête de la liberté et de l'indépendance dans le monde. Malgré cela nous continuons de regarder vers l'avenir avec espoir et optimisme pour une vie meilleure pour nous assurer de vivre la liberté, la dignité et l'indépendance comme les autres peuples du monde.

Chers participants à cette conférence,

L'église de la Nativité, une grotte qui a accueilli la naissance de l'enfant Jésus, à lui la gloire, il y a 2.000 ans, a été construite au IVe siècle par Sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin. Cette église véhicule dans sa communauté et son environnement, des significations humanitaires, culturelles, religieuses et historiques sublimes. Car c’est à la fois un lieu de culte, mais aussi un refuge pour les citoyens de Bethléem en temps de guerre et de troubles. Cette tradition s’est transmise de bons pères en fils, et dont le siège qu’elle a connu en 2002, fut le dernier chapitre d’une longue histoire ; un nouveau chapitre supplémentaire ou les moines de l'Eglise ont incarnés le message de paix et d'amour, en accueillant les bras ouverts ceux qui avaient trouvés refuge dans l'église en quête de protection et de sécurité durant l’incursion de l'armée israélienne dans la ville de Bethléem et le siège de plus de 300 citoyens au sein de l'Église pendant 39 jours. Les assiégés, moines et citoyens, ont consacrés les principes de Fraternité et de bonne citoyenneté, en entretenant des bonnes relations basées sur le respect et l’estime mutuels. Le siège s'est terminé et l'Église de la Nativité est restée la tête haute, avec ses valeurs humaines, et sa situation religieuse et historique.

La municipalité de Bethléem a œuvré durant des longues années en coopération et en coordination avec le ministère des antiquités et du tourisme palestinien pour inscrire l'Église de la Nativité sur la liste du patrimoine mondial en péril de l'UNESCO. Le Comité du patrimoine mondial a décidé lors de sa réunion à Saint-Pétersbourg le 28 juin 2012 d’inscrire l'Église de la Nativité et la Rue de l’Etoile, entrée historique de la ville de Bethléem et sentier des pèlerins, sur la liste du patrimoine mondial en péril.

En tant que Palestiniens et Bethléemitain, malgré les difficultés et les obstacles, nous sommes fiers du fait que nous avons pu préserver l'Église de la Nativité comme patrimoine urbain, religieux, culturel et historique pour conserver ces principes. C’est pour cela que Son Excellence Monsieur Mahmoud Abbas, président de l'État de Palestine, a adopté la restauration de l'Eglise de la Nativité et a formé un comité présidentiel avec l’adhésion de la municipalité de Bethléem pour suivre les travaux de restauration qui finiront en 2019. Ces travaux comprennent la restauration du plafond, des mosaïques, des colonnes de pierre et des murs conformément aux règlements et aux consignes de l'UNESCO pour la préservation des sites patrimoniaux. La dernière restauration de l'église a eu lieu il y a environ 600 ans.

La Municipalité de Bethléem se prépare actuellement à la réhabilitation et à la restauration de la rue de l’Etoile et de la vieille ville, où se trouvent pleins de bâtiments religieux et historiques. Le projet vise à préserver le patrimoine architectural de la vieille ville en rendant la vie à la rue et en fournissant les services d'infrastructure nécessaires. Cette restauration sera faite dans le respect des consignes des Nations Unies (Unesco) avec un budget de 4 millions de dollars financé par le Gouvernement de la Fédération de Russie.

La Municipalité de Bethléem a travaillé en 2014 en collaboration avec le Centre de conservation du patrimoine culturel et de l'UNESCO pour développer un système de préservation de la vieille ville et des bâtiments particuliers du patrimoine appelé « les dispositions de la préservation du patrimoine architectural dans la ville de Bethléem et la classification des aires patrimoniales et des édifices patrimoniaux particuliers ». Ce système vise à assurer la protection du tissu urbain et du patrimoine architectural traditionnel de la région et des différents éléments qui le composent. Il vise également à réglementer les travaux de construction et l'utilisation des zones qui font parties du patrimoine. Ce système est un chapitre du plan structurel de la ville de Bethléem, ce qui aurait un impact significatif sur l'organisation de la ville et la préservation de son patrimoine.

Mesdames et Messieurs,

La migration des Palestiniens a commencé à la fin du XIXe siècle au cours de la domination ottomane, pour deux raisons: la première étant l'instabilité politique et la situation économique difficile et la seconde les guerres qui frappaient la région. Les Palestiniens sont allés dans les pays d'Amérique latine à la recherche d'une vie meilleure pour eux-mêmes et leurs familles. A notre grand regret, cette hémorragie due à l’immigration continue à l'heure actuelle pour les mêmes raisons. D'autre part, les différents systèmes politiques qui ont gouvernés la Palestine ont empêchés le retour des expatriés en plaçant des obstacles et des entraves pour rendre tout retour sur leurs terres, une tâche difficile et impossible.

Bethléem est un modèle du vivre ensemble entre les chrétiens et les musulmans, enfants de notre même peuple palestinien. Cependant, les guerres et les politiques qui ont gouvernées la Palestine dans son histoire contemporaine depuis le dix-neuvième siècle ont entraînées d'importants changements démographiques dans la composition de la population. Par exemple, le nombre de chrétiens à Bethléem avant la guerre de 1948 représentait (90%) de la population totale, et aujourd'hui ils représentent environ 40%. Bien que la migration en Palestine ne se limite pas aux seuls chrétiens, car elle affecte également les musulmans de notre peuple palestinien, mais elle est plus visible aujourd'hui parmi les chrétiens en raison de leur petit nombre.

La migration, bien qu'elle ait un impact important sur la Palestine, affecte maintenant l'humanité dans son ensemble. Il suffit de regarder les vagues de migration vers les pays européens dans la Méditerranée et les problèmes que cette migration crée à la foi pour les pays d'accueil, où la démographie évolue rapidement, et qui mets tous les pays d'Europe devant des grands défis, nécessitant une planification conjointe avec les pays d'origine des immigrants, pour les affronter. Mais aussi aux pays à l’origine de l’immigration, qui souffrent du fléau des guerres et des conflits internes et des situations économiques et politiques difficiles. Il est donc important de rechercher des solutions communes entre nous tous.

Dans le contexte de l'immigration et de l'expatriation, j'aimerais faire référence à la conférence des expatriés organisée l'année dernière par la municipalité de Bethléem en partenariat et en coopération avec les municipalités de Beit Jala et de Beit Sahour afin de créer des ponts de communication entre les populations appartenant au même peuple. Avec les communautés de la Diaspora originaires de Bethléem, nous avons initié une nouvelle étape en espérant le renforcement des nouvelles coopérations dans tous les domaines, et peut être une incitation au retour des Palestiniens expatriés sur la terre de Palestine. Une centaine d’expatriés a participé à la conférence et nous organisons actuellement la deuxième conférence avec la participation de plus d’expatriés sachant qu’il y a 300 000 immigrants originaires de Bethléem rien qu’au Chili. Si nous prenons en compte seulement l'Amérique latine, nous trouverons des millions de Palestiniens qui vivent en exil. Ils excellent et ils ont réussi dans divers domaines, mais ils sont étrangers à leur patrie en raison des restrictions qui ne facilitent pas leur retour.

Mesdames et Messieurs,

La politique d'occupation israélienne de la confiscation des terres palestiniennes pour des raisons racistes, dont la confiscation d'environ 7 mille dunums du territoire de Bethléem il y a deux ans, y compris des terres appartenant à la municipalité de Bethléem, a conduit au rétrécissement de la ville de (31,5) km pendant le mandat britannique à (7,2) km à l'heure actuelle. Cela empêche les possibilités d'expansion urbaine et réduit les espaces verts de la ville, faisant de Bethléem l'une des villes les plus surpeuplées du monde avec une population de (4861) habitants au kilomètre carré.

En revanche, les colonies construites sur les terres des citoyens se répandent avec l’augmentation de leurs populations de manière spectaculaire. La ville de Bethléem, elle-même, est entourée de (23) colonies habitées par (86) milles colons. Ajouté à cela les dégâts causés à l'environnement en jetant les restes de colonies dans les terres agricoles et les zones entourant les maisons des citoyens palestiniens, alors que ces colonies, à leur tour, bénéficient de toutes les ressources, qui sont très rares dans les zones palestiniennes. Il suffit de regarder l'eau sur laquelle l'occupation israélienne exerce son emprise sans le moindre contrôle des Palestiniens. Cette eau est à la disposition des colons en continue, tandis qu’elle est souvent absente pour nos villes et villages. Notez que la consommation moyenne de l'eau par habitant israélien est sept fois plus supérieure que celle du citoyen palestinien.

Chers collègues participants,

Nous vous invitons à tenir votre 13ème prochaine conférence des villes historiques du bassin méditerranéen à la ville de Bethléem en raison de sa signification culturelle et urbaine, alors que nous nous préparons à célébrer Bethléem en tant que capitale de la culture arabe en 2020 et espérons que la conférence sera sur la liste des activités et des programmes qui auront lieu à cette occasion.

Je vous remercie tous pour votre bonne écoute, et je conclue avec des mots repris au maire passé de Florence, Giorgio La Pira: "L'étoile de Bethléem envoie la lumière de l'amour et de la paix à tous les peuples pour l’éternité". Oui, c’est Bethléem qui continue toujours dans son message, transmis de génération en génération, et qui ne sera jamais éteint.

Je souhaite à notre Conférence le succès et la réussite.

                                                       Maître avocat Anton Salman

                                                                 Maire de Bethléem

مباشر من ساحة المهد